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© Sophie BOUQUEREL

SARAH BIENAIME, créatrice multiforme

Je m’appelle Sarah Bienaimé. Je vis dans le Cantal avec mon compagnon et nos trois enfants. Notre chat s’appelle Choucroute. J’aime le chocolat noir, le vin rouge et les cigarettes menthol. J’écris, je sculpte, je travaille pour une ONG et surtout je vis. Vivre n’est pas une mince affaire, ça me prend beaucoup de temps.

" J’adore inventer des trucs, de stratagèmes, des passages. J’ai une énergie créatrice qui s’exprime dans tous les domaines de ma vie propre, mais aussi de la vie que je partage avec les autres. Etre dans la création artistique n’est qu’un petit morceau de ce grand tout."

Crédit Photo : Marc Bienaimé

Tu te sens plutôt créatrice, co-créatrice, inventeuse, artisane, interprète, … ?

Je réfléchis à ces mots et j’essaie de trouver celui qui me correspond le mieux. Mais je ne sais pas à quelle catégorie je pourrais appartenir. Je dirais que je suis « créative ». Pas seulement dans le domaine qu’on nomme « l’art ». Je suis créative partout et tout le temps : pour trouver des solutions aux problèmes, pour préparer à manger, pour élaborer des stratégie dans mon travail, dans la façon dont je tricote le lien à mes enfants... J’adore inventer des trucs, de stratagèmes, des passages. J’ai une énergie créatrice qui s’exprime dans tous les domaines de ma vie propre, mais aussi de la vie que je partage avec les autres. Etre dans la création artistique n’est qu’un petit morceau de ce grand tout. La création dite « artistique » est peut-être plus visible et plus facile à nommer, mais elle ne tient pas autant de place dans ma vie que la création sous ses formes quotidiennes et discrètes.

Parmi tes œuvres, quelle est celle que tu aimes le plus et pourquoi ?

Si on parle de création artistique, je n’aime pas une œuvre en particulier ou une plus que les autres. Aucune ne se détache à ce point. D’ailleurs, c’est moins l’œuvre que j’aime que son histoire. Tout ce qui se raconte autour d’elle. Comment elle est arrivée là. A quel moment de ma vie. Ce qu’elle a produit. En termes d’émotions, de rencontres, de chemin. Je suis donc particulièrement attachée aux œuvres qui me laissent des souvenirs intenses. Parfois l’émotion autour est si forte, que je trouve difficile de la laisser « partir » la pièce : j’ai un sentiment de perte. Je pourrais écrire au sujet de la sculpture nommée « Le sixième doigt » mais je crois que cette histoire est plutôt faite pour être parlée qu’écrite.

Qu’est-ce qui te donne envie de créer ?

 

Rien de spécial. C’est là. Même si je fais bien la différence entre la création verbale et la création non verbale. Mon cerveau bouillonne de texte en permanence. De ce côté cela ne s’arrête jamais. La nuit, ma tête continue de produire du texte sans fin. J’aimerais pouvoir enregistrer mon cerveau pour te le faire écouter !

J’ai l’habitude de comparer cet état au générique de fin de Matrix. Je suis sûre que celles et ceux qui ont vu ce film peuvent se faire une idée de comment ça se passe là-haut : un déluge. C’est une source intense, protéiforme, qui a une vie propre.

 

Pour la sculpture, je crois que c’est presque le contraire. Je n’y pense pas, seulement quand j’ai les main dans la terre. Rien n’est prémédité, j’ai même du mal à anticiper les détails matériels : je me retrouve régulièrement sans terre à modeler ! D’ailleurs je suis incapable de me rappeler des pièces sur lesquelles je travaille. Mon cerveau ne s’occupe pas de sculpture, il est monopolisé par le verbe et par la vie quotidienne.

 

Par contre, quand je sculpte, « tout s’arrête » : quelque chose entre en concentration, je suis encore capable d’entendre et même d’écouter, mais je plonge dans une état parallèle. C’est très proche de ce que je ressens quand je fais de la course à pied. D’ailleurs après une séance de modelage, je suis très fatiguée.

 

Parfois j’ai envie de sculpter, parfois pas. Aucune idée de comment ça va ou ça vient. A vrai dire, je ne suis pas très attentive à cet aspect des choses, donc je ne sais pas comment ça fonctionne.

Dans ton expérience, quels sont les liens qui existent entre idée, matière, corps et création ?

 

Ah mais je voudrais bien répondre à cette question, mais je ne suis pas sûre de la comprendre. Peut-être parce que tout ça est intriqué dans mon esprit et que je ne fais pas bien la différence?

En repassant à travers les mots qui sont donnés, je dirais… que pour la sculpture j’ai rarement des idées. Je n’ai même pas vraiment de projet, et quand j’en ai un je l’oublie aussitôt et je passe à autre chose. La matière oui, elle prend de la place. De la terre à pétrir. Le geste fait du bien à mon corps qui peut enfin « prendre le dessus » et dire au cerveau : mais tais-toi un peu et laisse moi faire. Il paraît qu’on a un cerveau reptilien quelque part : je suis sûre que c’est lui qui prend les rênes quand je sculpte. Je dis souvent en rigolant que lorsque je travaille la terre, j’ai l’impression d’avoir cinq ans, d’être à l’école maternelle, et enfin j’ai le droit de toucher à la pâte à modeler. Un vieux rêve…

Quant aux corps des autres… quelle source d’inspiration ! Je suis fascinée par les corps. Je n’arrête pas de les regarder et les enregistrer. Des fesses, une nuque, des mains, un ventre. Dans le métro à Paris, ou à la terrasse des cafés, je suis heureuse : j’engrange de la matière, je fais mon catalogue !!! Je ne sculpte que des corps, il n’y a pas d’exception, je n’ai jamais rien fait d’autre et il ne m’est jamais venu à l’idée de faire autre chose.

Comment sais-tu qu’une œuvre est terminée ? A quoi le reconnais-tu ?

Pour un texte, je peux relire plusieurs dizaines de fois. Cela confine à l’obsession. Si mon éditeur change un mot au cours des corrections, non seulement je m’en aperçois immédiatement, mais en plus suis rarement d’accord. Je suis une vraie plaie ! Je ne suis pas musicienne, mais le texte doit sonner juste, être parfaitement accordé. Quand il a fini d’être travaillé, qu’il ne gratte plus, alors c’est bon. D’ailleurs je n’ai plus envie de le lire, il devient un peu ennuyeux.

 

Pour la sculpture, je suis moins sûre de moi. Je suis souvent obligée de demander à mes enfants ou aux personnes avec qui je partage l’atelier. T’en penses quoi ? Tu trouves pas qu’il y a un truc qui cloche ? Le regard des autres m’aide beaucoup et me permets d’avancer. J’ai appris à écrire seule, mais j’ai toujours fait de la sculpture au milieu des autres, dans un atelier bruyant et agité. Quand c’est fini, je le sais parce que je me calme. Je m’assoie. Je deviens lasse et contemplative.

Qu’est-ce que tu aimerais dire à celui ou celle qui n’ose pas se lancer dans un processus créatif ?

 

Ah oui ! On pourrait écrire un livre là-dessus. Pfff, on est tous créatifs, tellement créatifs Sophie. Simplement plein de gens pensent qu’ils ne sont pas concernés, ou pas à la hauteur, parce qu’on leur met des étiquettes bien trop tôt.

 

A l’école, t’as intérêt à rentrer dans le moule, hein ! Il faut voir les cours d’arts plastiques pour le croire. Même à cet endroit la création est bâillonnée. En plus on met des notes aux gamins !!! On est vraiment tombé sur la tête. Tu m’étonnes que les gens hésitent ensuite à créer. Quand tu as pris un 8/20 à ton dessin à l’âge de 12 ans, qu’est-ce que ça produit ? Tu penses que t’es nul. On est tous devenus des handicapés de la création.

 

De mon côté je suis très attirée par l’art dit « naïf », celles et ceux qui n’ont pas fait d’école. J’ai une amie qui fait des dessins aux crayons de couleur, waou. C’est magnifique. Pas sûr qu’elle se pense comme une artiste. Il faudrait lui demander.

 

La création ne dit toujours pas son nom, en tout cas elle n’est pas nommée comme telle. Un tableau dans un musée ou dans une galerie, c’est tellement fléché, on ne peut pas se tromper ! Mais il y a de la création un peu partout dans nos vies. La façon dont une personne exerce son métier peut être une création. Je pense à quelqu’un de proche qui tient une épicerie. Elle a créé une œuvre. Un univers. Quelque chose d’unique qui n’est pas reproductible, et c’est beau. Pas d’inquiétude : son épicerie ne sera jamais exposée dans une galerie d’art. D’ailleurs c’est parfait, comme ça on peut aller la voir tous les jours au village !

Si tu avais un livre, un artiste, une œuvre qui t'a touchée et que tu aimerais nous faire découvrir … ?

 

Le sculpteur syrien Assem Al Bacha En plus il est beau.

Et si tu nous partageais ton meilleur remède contre le découragement ?

 

Je n’ai pas été souvent découragée dans ma vie. Mais quand cela m’est arrivé pour de bon, je me suis tournée vers celles et ceux qui m’aiment.Dans la création, je n’ai jamais été découragée : en ce qui me concerne, créer n’est pas une fin en soi. C’est très important dans ma vie, mais pas au point de ressentir du découragement. D’ailleurs je n’ai pas de « plan ». Je prends tout ce qui arrive et c’est bien comme ça