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VALENCE - PARIS

© Sophie BOUQUEREL

Jacques HILLION, contemplatif engagé

Initialement kiné fasciathérapeute, aujourd’hui titulaire d’un doctorat en éducation ; amoureux des mots, c’est le travail du corps qui a libéré mon écriture. Je vis au Québec, dans une petite maison de bois au bord d’un lac en pleine nature. J’enseigne à l’occasion, j’anime de la méditation en ligne ( https://terredesilence.tv) et des ateliers d’écriture (www.corpsdetexte.com), j’écris. Je me définis comme un contemplatif engagé et je me suis donné les conditions d’une vie qui me ressemble.

" Créer est une activité qui recèle son propre sens, on n’a pas besoin de lui en donner un ; le sens de l’acte créateur est inclus dans l’acte lui-même."

Tu te sens plutôt créateur, co-créateur, inventeur, artisan, interprète, … ?

Je me sens plutôt artisan. D’ailleurs jusqu’au XVIIe siècle, ce même mot désignait aussi bien artistes et artisans… Aujourd’hui, ce serait le caractère utilitaire qui distinguerait les deux, mais je ne crois pas vraiment à cette distinction. En tout cas, il y a toujours un temps de mise en forme qui rencontre la matérialité des supports et qui implique une part de bricolage, d’artisanat. Même l’écriture se pratique en atelier.

Je me sens co-créateur aussi, car la création n’émerge jamais de rien ou de nulle part, même lorsqu’elle jaillit. J’essaie toujours de décrire une réalité, au plus proche de ce que je vis.

Parmi tes œuvres, quelle est celle que tu aimes le plus et pourquoi ?

Difficile de répondre à cette question. J’aime particulièrement mes poèmes qui surgissent comme des nécessités, quand je me sens simplement intermédiaire, quand je me laisse écrire en essayant de filtrer le moins possible ce qui se donne. C’est une fidélité à l’intime. J’en ai écrit quelques uns comme cela et je les aime beaucoup. L’exemple choisi ici a été écrit en deux temps. La première partie lorsque la peine de la perte est encore vive et la seconde partie un an plus tard, lorsque la peine s’apprivoise. Mais c’est un jaillissement dans les deux moments et il m’aurait été impossible de finir ce poème plus vite.

Les rives de ma peine

 

 

Hier, j’ai marché jusqu’aux rives de ma peine

Oubliée au fond d’un jardin en friche.

Les remous discrets de cette dormance

Libéraient de fascinantes rumeurs.

 

Je suis resté là, immobile

Incapable de m’y plonger, incapable de m’en éloigner

Sentant croitre la nécessité de la pénétrer

Et, dans une proportion équivalente, la peur de le faire.

 

Je m’en suis retourné à ma vie occupée,

Délesté d’une ignorance, encombré d’une présence,

Sachant déjà que nous n’en resterions pas là,

Laissant le temps allié apaiser ma défiance.

 

Et plus tard, le temps venu, plus tard,

J’irai m’asseoir sur un banc de bois neuf

Désireux de ne rien attendre

Néanmoins espérant

 

Ma peine, ma promise, sentant le temps venu

Viendra en grande fierté me visiter

Me montrer les chemins parcourus sans toi

Les traversées, les redressements, les rancunes enterrées

 

Sa lumière brûlante me traversera

Et me rendra ce qui n’appartient qu’à moi

Je me tiendrai debout devant ton souvenir

Jusqu’à pouvoir lui sourire

 

Jacques Hillion

Qu’est-ce qui te donne envie de créer ?

 

Le plaisir. Que j’écrive, que je dessine ou que je travaille le bois, c’est toujours le plaisir. Et puis le sens que ça me donne. Créer est une activité qui recèle son propre sens, on n’a pas besoin de lui en donner un ; le sens de l’acte créateur est inclus dans l’acte lui-même.

Qu’est-ce qui t'éloigne de la création et comment fais-tu pour en retrouver le chemin?

 

La routine, l’indifférence... La routine est un poison pour la création (assez logiquement), ainsi que le matérialisme ambiant qui nous fait croire insidieusement que vivre, c’est posséder. Non, vivre, c’est créer !

Pour retrouver le chemin de la création, j’essaie de retrouver une qualité de présence à ce que je vis, simplement.

Dans ton expérience, quels sont les liens qui existent entre idée, matière, corps et création ?

 

La création pour moi est une rencontre entre un élan intérieur, plus ou moins distinct, plus ou moins formalisé, et un matériau, une matière que l’on travaille. C’est un dialogue : l’élan intérieur est fortement contraint et façonné dans son émergence par le matériau, par les circonstances extérieures, par les dispositions intérieures. Parfois c’est une danse, parfois c’est une négociation. Et le corps est à la fois l’instrument et le théâtre de ce dialogue entre idée et matière.

Pourrais-tu nous raconter ce qui se passe à l’intérieur de toi quand tu es en train de créer (en nous donnant un exemple) ?

C’est variable justement. Quand ça négocie entre l’idée et sa production, je tâtonne, je cherche, j’insiste, je pousse ; il y a quelque chose de laborieux parfois, le besoin d’une persévérance jusqu’à trouver la voie de passage. Quand ça danse, je suis presque spectateur de ce qui se passe, je découvre l’œuvre en même temps qu’elle se produit. Cela m’arrive avec certains poèmes, je découvre le poème en l’écrivant et c’est magique. Le corps semble totalement autonome, suivre son propre élan et je savoure cet état intérieur. Ça a toujours le goût d’une première fois.

Comment sais-tu qu’une œuvre est terminée ? A quoi le reconnais-tu ?

Pour moi, une œuvre est terminée quand je ne parviens pas à l’améliorer. Sinon, je ne le sais pas, je crois… Et puis parfois, même si l’œuvre n’est pas terminée, son temps est passé et on ne peut que la délaisser. J’ai pas mal d’œuvres que je ne parviens pas à « terminer » : elles ne me satisfont pas, mais je ne parviens plus à les faire évoluer. Un élan créateur a une durée de vie, il faut donc le saisir au plus près de son émergence, l’incarner sans attendre, sinon, il risque de s’éteindre avant d’être né.

Qu’est-ce que tu aimerais dire à celui ou celle qui n’ose pas se lancer dans un processus créatif ?

 

C’est difficile de répondre de manière générale, ça dépend du cas. Je pourrais lui dire « Qu’est-ce que tu risques ? Qu’as-tu à perdre ? ». Mais plus volontiers je lui dirais « Allons prendre un thé ou une marche en forêt et parlons… ».

Si tu avais un livre, un artiste, une œuvre qui t'a touchée et que tu aimerais nous faire découvrir … ?

 

Un livre bien sûr ! Les trois lumières, de Claire Keegan ou Le bonheur des tristes, de Luc Dietrich. Des petits livres simples, purs…

Et si tu nous partageais ton meilleur remède contre le découragement ?

 

Créer justement ! Surtout se laisser surprendre, donc ne pas être attaché au résultat… Sinon, le silence, la méditation ou la nature me nettoient, invariablement, me remettent dans la saveur exacte de mon existence.