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© Sophie BOUQUEREL

Shalimar PREUSS, réalisatrice

Shalimar Preuss est une réalisatrice diplômée du Fresnoy, Studio National des Arts Contemporains qui vit et travaille dans le Vercors. Ses courts-métrages : Étrange dit l’ange, Rendez-vous à Stella-Plage, L’escale, etc. ont été vus à travers le monde et lui ont valu des prix et mentions dans les festivals de Oberhausen, Pantin, Glasgow, Sarajevo, Rio de Janeiro…

Son premier long-métrage, Ma Belle Gosse, est sorti en salles en 2013 après avoir voyagé en festival et obtenu le prix du Film Français à Belfort.

" Peut-être que mon film préféré reste celui à venir, celui dont les potentialités sont les plus grandes. Et puis celui-là j’ai besoin de l’aimer pour y travailler…"

Tu te sens plutôt créatrice, co-créatrice, inventeuse, artisane, interprète, … ?

Je me sens créatrice et créature tout à la fois…

Parmi tes œuvres, quelle est celle que tu aimes le plus et pourquoi ?

Peut-être mon dernier court-métrage Etrange dit l'ange (2017) parce qu’il est -à la fois- mon projet le plus dirigé par endroit tout en étant celui qui m’échappe le plus.

Mais peut-être que mon film préféré reste celui à venir, celui dont les potentialités sont les plus grandes. Et puis celui-là j’ai besoin de l’aimer pour y travailler…

Image : Etrange, dit l'ange, 2017

Qu’est-ce qui te donne envie de créer ?

 

Le plaisir ! Celui que donne l’investissement de soi dans un projet (être de plus en plus soi-même), celui d’être traversé par quelque chose plus ample que soi (se rendre disponible), celui du jeu d’explorer les possibilité de la matière et du médium choisi -pour moi le film- (sortir de soi-même)…

Qu’est-ce qui t'éloigne de la création et comment fais-tu pour en retrouver le chemin?

 

La déconcentration sous toutes ses formes : soucis que charrient nos vies, fatigue du corps et de l’esprit, manque de soutien dans le geste créateur, et la paresse aussi…

Pour se concentrer ? Je cherche encore.

Peut-être quelques pistes :

• Focaliser l’attention en portant des œillères (pour ne pas voir la saleté de la salle de bain, les mails qui s’empilent, le compte en banque vide et béant mais aussi le malheur tout autour…). Un espace dédié aide, une chambre à soi (ou au moins un coin à soi) et un temps à soi…

• Prendre soin de son être : se reposer, bien manger,etc. mais aussi : nourrir son estime de soi, sa confiance dans la vie.

  • S’oublier en se perdant dans ce qu’offre la nature, son entourage ou les œuvres d’autrui.

• Rester en mouvement (donc créer!) pour ne pas perdre de l’énergie à ré-amorcer la machine sans cesse…

Image : Etrange, dit l'ange, 2017

Dans ton expérience, quels sont les liens qui existent entre idée, matière, corps et création ?

 

Tous les liens de la vie ! En séparant l’idée de la matière ou du corps, on tue tous ces éléments.

Je n’ai pas les armes pour dire ce que nombre de philosophes et autres ont exprimé si bien…

Pourrais-tu nous raconter ce qui se passe à l’intérieur de toi quand tu es en train de créer (en nous donnant un exemple) ?

Peut-être le plus imagé serait de parler d’un équilibre qui se fait entre le mouvement et l’immobilité, entre le geste de recevoir et celui de donner. Une résolution entre la maitrise technique et esthétique ou poétique et le lâcher-prise que suppose l’attention à ce qui est en train de se passer.

Comment sais-tu qu’une œuvre est terminée ? A quoi le reconnais-tu ?

Je dirais qu’une œuvre est finie quand on ne peut niy retrancher ni y ajouter quoique ce soit sans toucher à sa radicalité (d’être). Il y a une forme d’évidence qui s’impose, l’œuvre existe par elle-même.

Qu’est-ce que tu aimerais dire à celui ou celle qui n’ose pas se lancer dans un processus créatif ?

 

Peut-être faut-il se concentrer sur le plaisir de tenter quelque chose (de vivre !) plutôt que sur les risques supposés (en rapport à son ego) ou réels (investissements d’argent, etc.) ?

Image : Etrange, dit l'ange, 2017

Si tu avais un livre, un artiste, une œuvre qui t'as touchée et que tu aimerais nous faire découvrir … ?

 

Récemment, j’ai découvert les nouvelles de Lucia Berlin. Je les ai trouvées inspirantes individuellement mais aussi dans les liens qu’elles entretiennent les unes avec les autres.

Et si tu nous partageais ton meilleur remède contre le découragement ?

 

La reconnaissance dans tous les sens du mot !

Etty Hillesum écrit “Nous devons accepter d’avoir des moments “non-créatifs”. Plus nous les accepterons honnêtement, plus vite ils passeront. Nous devons avoir le courage de commander halte, de nous sentir vides et découragés.”

Il me semble que souvent le découragement vient de la tête. Commencer plutôt par suivre son cœur : prêter attention à ses amours, ses désirs, ses visions.

Si le cœur bat trop faiblement ou trop fort, mettre les mains/ le corps en mouvement. Parfois c’est le geste et sa sensation qui emmène le reste…