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Adieu


Je suis debout.

Juste à l’arrière de la silhouette inerte. Et je vois cette file de corps encapuchonnés de noir et de gris qui s’avance vers moi comme un gigantesque serpent dans le dédale des tombes …

Tout mon corps tremble de ce froid du dedans. Le va et vient du mouchoir blanc entre le visage et le poing serré ponctue l’attente. Reste le silence glacial de quelques gémissements étouffés. Et cette marche si lente qu’on la croirait immobile, évoluant au rythme morne d’un temps subitement englouti par la mort.




Je suis debout.

Je serre des mains. J’embrasse des visages. Je pose mon regard dans d’autres yeux, pas par défi mais pour rejoindre le cœur.

Que nous reste-t-il d’autre, dis-moi, quand la mort de neige vient tout recouvrir de son silence ?


Je me tiens debout dans la presque nuit. Mon regard glisse sur le ciel et les forêts. Il pénètre l’air et les corps. Le temps. Le souffle. Je sais, à ce moment précis, que la vie ne s’est pas arrêtée. Comme une évidence pleine et silencieuse. Sans orgueil. Elle ne me quittera plus.


Je suis debout.

Encore. Dans cette opacité ténébreuse, je garde les yeux ouverts. Plusieurs fois je devine ce mouvement empressé du revers de la main qui vient polir à grand peine le visage raviné par les larmes.

Ce geste, comme un reste de pudeur… Un reste d’enfance qui pleure pour la plus belle bille, volée par surprise.


Je suis debout. Me vois-tu d’aussi loin que tu sois ? J’attends l’aube. Et tout en moi fait silence.


Ulysse

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