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Juste avant l'aube


Te dire ce moment. Encore. Pour ne pas l’oublier. Des cailloux blancs entre nos mémoires …

L’aube n’a pas encore tout à fait déchiré l’obscur. Il y a comme une oscillation au-dedans de toi. Imperceptible et sauvage. Rampante dans l’ombre de ta peur. C’est comme un appel d’air qui t’attire par le vide, pourtant rond et plein, que tu t’apprêtes à créer. Comme le dernier soubresaut de crainte à l’approche de la délivrance. C’est juste un léger retrait. Pas tout à fait un doute, plutôt l’esquisse d’une question. Celle d’un autre choix possible. Encore. Jusqu’à la dernière seconde.

C’est l’instant juste avant. Tellement de jours et de nuits que tu y penses. Que ça te tient. Comme une deuxième peau bourgeonnante contre ta peau. Un nouveau sang dans ton sang. Tu ne veux rien précipiter. Simplement entrer dans la profondeur de ton chemin avant de desceller l’équilibre de ta vie. Laisser ce mouvement se dessiner dans l’invisible pour que tes pas sachent épouser les reliefs à venir. Alors tu inspires. Lentement. Jusqu’aux frontières les plus lointaines de ta peau, délicieusement inconnues. Tu invites les embruns du ciel : qu’ils viennent et qu’ils se mêlent à ton souffle. Qu’ils prennent ta main depuis la profondeur de tes entrailles. Qu’ils t’aident à faire ce pas. A naître à cette vie neuve. Tu sens les os de tes jambes se consumer et ton cœur déborder de ta cage thoracique comme une lave brûlante. Et puis soudain tu t’élances. Tu transperces l’espace de cette zone aseptisée par la peur. D’un affront amoureux, tu craches au visage de tes fantômes pour les laver de ce qui les travestis. Tu les regardes dans leur nudité. Pour ne garder d’eux que l’ombre fraîche et mystérieuse qu’ils t’offrent depuis toujours. Enfin te voilà debout. Prêt à rejoindre le monde. A sortir de l’obscurité dans laquelle tu te retenais. Tu ne te condamnes plus à l’exil. Voilà que ta peau ancienne se dissout comme d’autres déchirent leur vêtement de deuil. Et tout ton être exulte, dans la totalité insolente d’un espace et d’un temps que tu conjugues à la première personne

C’est depuis ce lieu là que je t’écris. Pour tisser jusqu’à toi ce fil dans l’invisible.

Je t’embrasse.

Ulysse

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